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08/11/2008

34ème degré

CRH_300dpi.jpgVoici deux jours que je n'avais pas eu une minute de blog à moi, à cause de la journée de championnat socialiste, en poule de la mort qualificative pour Solférino. Et deux jours que je bouillais, en pensant à la mésaventure qui arrive à "Loulou Jr". Laurent Nicollin, fils de Louis (l'inénarrable président du club de foot de Montpellier, qu'il a transmis au fiston), se retrouve pris dans une invraisemblable histoire de texto à caractère homophobe.

D'abord, le contexte. La semaine dernière, c'était le grand retour du derby Montpellier-Nîmes, dont on avait évoqué ici le retour après sept ans d'absence. Le derby pas culte pour un sou (d'ailleurs, ça a fait 1-1). À l'image du niveau du foot dans la région. Un peu minable, plein de tacles et de mauvaise foi, de provocations sudistes de fin de férias et d'accent du "suudeeucon!" accentué à l'excès. Un sommet de crétinerie. Tellement con, mais tellement bon. C'est un peu comme carnaval, une bonne grosse fête païenne qui peut nous faire faire n'importe quoi. Me reviens d'ailleurs en mémoire ce 13 avril 96 de demi-finale de coupe perdue, où j'avais détruit d'un coup de pied rageur le pare-choc d'une voiture immaticulée "30", en sortant des Costières . J'avais 17 ans, et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge du derby…

 

Bref. C'est LE moment où on a le droit d'être con. C'est comme du folklore: les Nîmois, c'est l'ennemi. On les déteste. Ils savent pas conduire, c'est toujours eux qui veulent gérer la musique dans les soirées car ils sont tous dj professionnels, ils tiennent mieux l'alcool que nous mais vomissent partout à la fin, etc, etc, etc… Mais comme nous l'avions déjà écrit ici, on les aime plus que tout, en fait. Le vieux truc de la dialectique du maître et de l'esclave. On peut pas se passer d'eux. D'ailleurs, ma mère est Nîmoise…

Bon, on s'éloigne du sujet. Le fils Nicollin. Le même que le père, mais mal dégrossi. C'est vous dire. Niveau classe, la famille Nicollin, c'est un mix de Bigard et de Patrick Bosso, mâtiné toutefois de bonhomie attachante. Pendant des années, le père a été la coqueluche des médias, et au fur et à mesure qu'il apparaissait dans le poste, la honte nous enterrait. Le père, c'était le gars capable dire en direct sur Canal: "Après un match comme ce soir, je préfère mes putes à mes joueurs. Ça me coûte le même prix, mais mes putes, au moins, elle me régale la chique!" (de mémoire). Bon ben le fils, c'est pareil en pire.

image_thumb.jpgVenons en aux faits. Veille du derby. Laurent Nicollin reçoit un texto d'un supporter du club ultra "Butte Paillade", mettant en doute l'investissement des joueurs pour le big match. Réponse du président par héritage: "On vas les enculer, ces PD de nîmois!". Ledit supporter se retrouve en procès six jours plus tard (après avoir tout cassé le local des Gladiators -les ultras nîmois-, la routine…) et la justice examine son téléphone. Et le texto devient public. Et le Lolo, ben il fait des excuses toutes penaudes ("c'était écrit en langage supporter" -pas faux mais maladroit-), avant que l'opprobre ne s'abatte sur lui. Et à peine repues de leur banderole anti-chti, les ligues de bonnes vertue pensée se déchaînent.

Mais pourquoi le très estimable PFG (Paris foot gay) s'empare de cette histoire? Pas vous, les gars…

Vous êtes bien trop potes avec les mecs de So Foot pour tomber dans ce jeu-là. Il s'agit d'un message privé, dans un contexte bien trop précis et une géographie bien trop spécifique pour que vous vous transformiez en "BHL-Val-Laporte". Bannir le "enculé" des stades méditerranéens, c'est les priver d'exclamation. On peut le regretter, mais à moins de déménager de force une population entière et de lui imposer une rééducation orthophonique lourde, tenter de l'empêcher me semble vain.

mhsc.jpgReconnaissez plutôt l'hommage inconscient du lourdaud, qui traite de pédé quelqu'un qu'il rêve d'enculer. Il n'y a aucune haine dans ces propos, il s'agit juste d'un "signifiant détourné de son signifié". Ici, ce qui serait homophobe, ce serait de crier "Ho hisse, homosexuel!" quand le gardien dégage…

Dans les rues gay-friendly de Montpellier, où il y a bien longtemps qu'on a oublié la signification même du mot homophobie, je ne me suis jamais interdit d'user de ce vocabulaire, certes déplacé mais irrésistiblement naturel. Surtout pas avec mes potes pédés. C'est plus que du deuxième ou du troisième, c'est du "34"ème degré.

Je me suis rendu compte de ce décalage quand j'ai quitté "Montpeul" pour Paris. Au tour du petit Nicollin.

Mais même en essayant de devenir le plus politiquement correct possible (merde quoi, j'suis de gauche), y a quand même un truc qui cloche. Si je suis évidemment pour qu'on lutte contre l'homophobie dans les gradins (mais plus encore dans les vestiaires), et que je me surprends à réfréner mes ardeurs dans les tribunes, on ne peut quand même pas appliquer la charte de la LFP pour un texto privé! Ou alors on est dans le Big Brother's style…

Si on m'avait dit qu'un jour je défendrais un Nicollin… Je préfère aller nettoyer mes SMS que d'y penser.

 
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