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04/05/2009

Tristes pénos ovales

museumrugby.jpgOn a eu conscience de vivre un moment d'histoire, à l'issue de ce Cardiff-Leicester en demi-finale de H Cup. Avec émotion, on allait assister à notre première séance de tirs-aux-perches, le pendant ovale des pénos de fin de match, tellement plus rares qu'au foot. On se souvenait avec émotion de notre frustration de 2002, quand Titou Mazas avait passé un drop sublimissime de sang-froid, au terme d'un Biarritz-Agen avec Brennus en jeu, conclu à l'ultime seconde (un résumé du match à partir de 3'20, sur cette vidéo). Mais cette fois-ci, elle a eu lieu. Et au final, un sentiment étrange et presqu'amer d'une séance de stigmatisation des pieds carrés, une jouissance malsaine à observer des pointus de gros départager deux clubs à bout de souffle, après 80 minutes intenses et une prolo paralysée…




Elle est étrange, cette règle. Sans doute liée à la rareté de l'événement, elle semble désormais trop calquée sur le cousin footeux, avec ce tour-à-tour un peu discriminant des quinze joueurs qui se succèdent. Car évidemment, on était resté nostalgique des récits du grand-père, à propos de la finale de 84, et la victoire de l'ASB sur Agen (21-21). Ah, ce finish incroyable, les loupés agenais et Bernard Viviès le nez dans le gazon. À l'époque, c'était les trois meilleurs buteurs qui étaient convoqués par l'arbitre pour régler le sort du destin. Et j'sais pas si c'est encore notre côté "c'était mieux avant", "Papy Fort" (de Pézenas), le public sur le bord de la pelouse ou Tonton Mitterand en tribune, mais ça avait une autre gueule…

02/06/2008

Puissance et conséquences de la modernité rugbystique

1128170211.jpg Trop vite, trop fort, trop bourrin. En écho à la conclusion de mon dernier billet sur la défaite de Toulouse face au Munster en finale européenne, ce week-end aura été une nouvelle illustration du décalage qui grandit chaque jour un peu plus dans l'ovalie moderne, entre un Top 14 à l'ancienne et une mondialisation rugbystique sous stéroïdes…

Les deux finales de championnat du week-end ont ainsi confirmé la domination de la puissance physique dans le jeu, à base de mastodontes balle en main. Le cuir ne chante plus, en virevoltant de paluches en paluches, soit il s'enterre (doctrine Munster) soit il est confié à une bande de costauds qui font office de ligne arrière (doctrine hémisphère Sud). De temps en temps, un soupçon de créativité vient perturber les neurones programmées pour l'impact. Mais c'est pour déboucher sur une action de jeu au pied, certes bien construite et souvent décisive, mais sans rapport avec le "French flair" des années 80. Ce rugby de l'âge d'or est mort.

Toutefois, il serait malhonnête de rejeter en bloc le jeu du nouveau millénaire. La finale du Super 14 opposant les Crusaders aux Waratahs a dégagé un sentiment halluciné à nos yeux habitués aux matchs quiquille du championat de France (exemple avec Mont-de-Marsan-Clermont), où mauls structurés alternent avec combinaisons de trois-quarts aussi inventives que vaines. Exemple en vidéo, avec cette séquence d'une intensité rare, où l'occupation du terrain redoutable se mélange à une touche offensive rapidement jouée, puis à une contre-attaque pédestre d'une rare efficacité. Superbe, intense, époustouflant. Mais est-ce du rugby ou du sport gaëlique…



En Angleterre, les Wasps ont une nouvelle fois fait subir leur loi aux Tigres de Leicester. Rafa Ibañez engrange un troisième titre, et le peuple londonien a offert un triomphe au mythique Lawrence Dallaglio (celui qui «aime le rugby à la française»), dont c'était le dernier match. Mais on retiendra de cette finale la chevauchée du Samoan Alesana Tuilagi et sa percussion "lomuesque" sur le pauvre demi irlandais Eoin Reddan. Impressionant, mais est-ce du rugby ou l'encierro de Pampelune…



Evidemment, le jeu moderne évolue et on ne peut pas reprocher aux plus forts de profiter de leurs biscottos. Mais est-ce en raison de leurs doigts boudinés que tous ces talonneurs d'antan devenu trois-quarts aile aujourd'hui ne se font pas plus d'une passe de suite? N'avons-nous pas d'autre choix que de se mettre à cloner des Chabal à la pelle dans les écoles de rugby? Doit-on vraiment dire adieu au moindre embryon d'une possible éventualité de revoir un nouvel "essai de Twickenham" dans l'avenir?


 
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