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27/07/2009

Le tour de la question

contador-est-a-l-heure_newsletter_large.jpgComme une mauvaise fréquence. Le tour est terminé et quoi qu'en dise la sainte alliance France 2/L'Equipe, au spleen de retour de la suspicion s'est ajouté l'ennui désabusé. Celui d'un Venoux où on avait misé sur un Armstrong devenant enfin culte en nous faisant une Tom Simpson. Au lieu de ça, on a eu droit à "Lance au pays des merveilles", avec la plus laide des ascensions d'une des plus chiantes des Grandes Boucles jamais vécues. Ambiance mitan de l'ère Indurain. Mais pour not' quotidien sportif imposé, bien aidé par l'horripilant duo Adam/Fignon, la fête était au contraire parfaite. Rien à signaler, on a dormi tellement il y avait de descentes, mais les ventes sont en hausse. Show must go on.

Le plus marrant, c'est d'entendre les mêmes en faire des tonnes sur le "scandale des combinaisons" en natation, refusant même de parler de records tellement c'est pas du jeu… En plus, comme dirait Goebels, plus c'est gros plus ça passe. On bat des records de V02 max, mais vu qu'il n'y a eu aucun contrôle, c'est que c'est bon, on le tient notre tour du renouveau, et cassez pas les couilles, les sceptiques!

goubert.jpgPerso, dans notre panthéon à nous, on retiendra la 16e place de Steph Goubert, l'éternel équipier increvable "à l'ancienne", qui clôt une carrière de puceau magnifique. Mais aussi les assauts désespérés mais classieux d'un Carlos Sastre méprisé, alors qu'il pourrait bien être le seul vainqueur du tour à avoir été réglo sur ces 15 dernières années. Ou encore la froide malice du maillot vert Thor Hushovd, devant ce bourrin de Mark "Man of the Man" Cavendish. Enfin, on ne pourra réprimer une certaine admiration pour Contador, même si même si, car se faire le Armstrong et tout Astana en plus des Schleck brothers, ça force quand même le respect.

Au final, le moment le plus symbolique de ce tour aura été l'hymne raté du bouquet final. Sur les champs, dimanche, sous les yeux incrédules de Contador et des présentateurs de la télé espagnole, l'inconscient prenait le pas sur la réalité. Et c'est l'hymne danois qui a retenti. Comme pour souligner davantage le décalage entre la perception et notre réalité…



23/07/2009

Le tour du mou de veau

hulk-hogan-hypes-the-crowd.jpgIl est étrange, ce sentiment qu'on a avec notre tour du renouveau de 2009. Un truc indicible, qu'on ne parvient pas à définir mais qui ressemble à un malaise de trentenaires né en vélo avec Hinault, Lemond et Fignon. On a compris les histoires de dopage à peu près de la même façon qu'on a pris conscience que le catch c'était du faux et même Hulk Hogan. De façon diffuse. En se doutant bien, mais en cherchant à y croire. Toujours. Malgré tout.

Avec la Festinadolescence, on a eu notre période un peu rebelle. Les chaudières ça nous faisaient marrer. Les gars avaient la classe avec leurs maillots et leurs patronymes sublimes. Gianni Bugno, Gert-Jan Theunisse, Pedro Delgado. Pour un peu, on prônerait la légalisation du dopage, du moment que Richard et Jaja (voire Pantani) jouaient la gagne. Mais on s'était repris, parce qu'on était aussi un peu de gauche à la con, et qu'on avait décelé la portée libérale et nationaliste d'un tel discours.

Et puis, on a compté les tours du renouveau comme autant d'années nous rapprochant de la trentaine. Et le règne Armstrong dépassant notre héros blaireau d'enfance, nous renvoyait la dure réalité de l'existence. Celle où c'est un putain de Texan néo-conservateur qui domine la route. Forcément dopé, mais on ne peut le dire qu'à sa retraite. On a aussi vu les Français devenir des tocards, mais on se disait que eux, au moins, ils étaient propres.

Puis vint le temps de l'incertitude, où l'on changeait de boulot comme les Grandes Boucles changeaient de vainqueur. Les maillots jaunes étaient attribués un an après, mais on pouvait au moins s'enorgueillir auprès des railleurs adeptes du raccourci rhétorique ("tous des dopés!") qu'on entrait dans une ère où désormais on traquerait le dopage. Mieux, L'Equipe en parlait, parfois sur une page entière. Certes on continue à trouver du panache à Vinokourov, Valverde, voire Ricco. Mais on est aussi content de les voir suspendus ou interdits de course.

Et puis, vint ce tour 09.

Tout se mélange. La rivalité Hinault/Lemond, l'immonde Bjarne Riis, Brochard et les Français qui pètent le feu. Mais L'Equipe ne parle plus dopage (ou alors de Di Luca, au moment de sa retraite). Armstrong refait le patron avec un gros cigare, et la course devient aussi peu intéressante que du temps de l'US Postal (lire l'excellente chronique de Lemond dans Lemonde). Et l'on se dit bien qu'il y a un problème. Si l'on se met en conditions réelles, sans la mise en scène de France télé, ça fait même flipper tellement ça va vite…




Les images ci-dessus sont, si l'on en croit Youtube, prises à 2,5 km de l'arrivée de l'étape du Verbier. Une côte escaladée en 20’55’’ par Contador, à 24,38 kilomètre/heure de moyenne. Encore plus fort que le Riis à Hautacam en 96 (490 watts, contre 480… -> lire absolument la chronique d'Antoine Vayer dans Libé: "Des robots distancés par des extra-terrestres"). Et Wiggins. Haussler. Cancellara. Les Schlek brothers. Même Le Mevel (dixième!?)

Et Armstrong, bien sûr, dans l'étape de Bourg-Saint-Maurice, qui fait tout aussi flipper que Contador…




Ce retour dans le futur nous lasse, l'ambiance "oreillette/laisser-faire" va (re)devenir malsaine. On risque de retrouver les années Hulk Hogan, avec une édition 2010 stupéfiante, où s'affronteront Contador, Armstrong et Vinokourov, avec les Schleck en embuscade, sur fond de choc des générations entre dopés de l'EPO et praticiens de la CERA. Pot belge à tous les étages.

On pourrait presque laisser tomber. Se mettre en retrait du tour comme on s'éloigne un temps des corridas. Déjà on prend son pied pendant la saison des classiques ardenno-flamandes. Et on est prêt à se laisser aller au cynisme humouristique, tellement le sketch des Guignols n'a pas pris plus de rides que Gérard Holtz toujours aussi complice…




Mais non. Parce que quand même Steph Goubert vise le top 20 à 39 ans (j'ai déja dit qu'il était de Montpellier?). Parce que les bordures, c'est bien. Parce que la stratégie des Columbia est encore plus pathétique que celle des T-Mobile d'Ullrich antan. Parce que Carlos Sastre a du panache dans sa lose. Parce que Denis Menchov a du Pierre Richard dans sa lose. Parce que Casar a du Poulidor dans sa lose. Parce que le désarroi des commentateurs teutons quand Jens Voigt se gauffre…





Parce que c'est comme ça. On a un petit vélo dans la tête…
(loué soit Eddy La Gooyatsh)




Et parce qu'on ne peut pas nier que l'on ressemble parfois à ça, et qu'on aime ça…

11/07/2009

Furia pyrénéennes

armstrong-contador_1440595c.jpgA peine remis de cette drôle d'étape andorrane, qu'il nous faut abandonner ce blog pour danser sur le pont de la fête nationale. Au mariage d'un vélopote. Les paris sont déjà pris pour savoir combien d'invités on rameutera devant l'écran télé, sitôt la cérémonie terminée. Faut dire qu'en plus, le suspense nerveux de cette fin de première semaine diachronique est au max. Avec le duel Contador/Armstrong qui prend des propensions cultes, toujours lemond+hinault.jpgplus "Hinault/Lemond'86" (sauf qu'on ne les voit pas nous faire le coup de l'Alpe main dans la main, et que Lance va claquer avant la fin). Au passage, le Brice Feillu trouve la clairière, empoche l'étape devant un encore plus anoyme tricolore (Kern?), et se fait un "pois rouge" dans son tout jeune palmarès. Superbe dernier kilomètre qui vient sauver une journée franchement chiante, et trois hommes en 8". Et si Nocentini, le maillot jaune que tout le monde avait oublié une fois passé la ligne, gagnait le Tour…




Pas d'actualisation durant ce week-end en Sud-Ouest, donc, où l'on humera la tension pyrénéenne toute proche, en riant très fort comme Lolo Pons l'Ariégois. Notre nouvelle mascotte sera-t-elle sur les bords de route pour beugler le nom des forçats? Si c'est le cas, on peut être sûr qu'il n'encouragera pas les Euskatel, vu comment il prononce Harinordoquy. On avait raté cette vidéo jusqu'ici, mais on ne regrette pas…



 

08/07/2009

La première semaine, c'est plus ce que c'était

2645433107_fd31d04ef1.jpgAlors que les pentes de la Grande Boucle vont commencer à s'élever gentiment, un constat s'impose: le Tour aura au moins réussi à renouveler quelque chose. C'en serait donc fini de la fastidieuse première semaine, où les sprinteurs batavo-belgo-italiens se tiraient la bourre au terme de longues étape toutes plates? Plus de bon de sortie pour le local du jour, plus de pause pipi décontractée du gland, plus de raid solitaire voué à l'échec et qui, parfois, réussissent. Non. Désormais, par la grâce d'un tracé sudiste fort en madeleines télévisuelles, c'est à fond tout le temps. Du nerveux, du furieux, du tendu.

Passons sur les attaques dans les dix premiers kilomètres, devenues un rituel depuis le début des années 2000. Cette année, les coups de tension ont lieu n'importe quand, n'importe comment. Notre favori au concours de pronos nous offre un One-Menchov drôlatique de lose. Après s'être fait humilié dans le prologue par Cancellara (sur lequel on a aussi misé et qui nous la sauve, du coup), le Russe de la Rabobank renoue avec la chute dès le quatrième virage du chrono par équipe de Montpellier.

Si un jour on m'avait dit que cette courbe longeant les jardins du Peyrou montpelliérain, haut-lieu de cuites adolescentes, serait le tournant décisif de l'un de mes favoris dix ans plus tard. Faut dire que ce tracé tout autour de la plus belle ville du monde avait un truc de jouissif, limite sadique. Comme le dit l'un de mes chefs Michel Dalloni (dans la dernière livraison de son excellentissime chronique de Tour), un véritable «Grand prix de la gaufrette»…




Dans un style tout aussi punk, l'étape de la Grande-Motte (autre lieu de soirées post-bac mémorables) nous a réjoui comme rarement. Bienvenue au royaume de Bordurie, avec un Lance Armstrong irascible mais qui parvient presque à gagner le respect pour sa science de course. Le Texan néo-conservateur se fait la belle dans le vent d'Autan, rappelant le Vinokourov d'il y a deux ans qui semait la camarde en Camargue. Ce coup-ci, c'est un terre-plein improbable et une accélération Columbienne qui fait la différence au profit du Roi LRance. Au passage, Cavendishaparov claque un deuxième succès de rang…




A l'issue de ces cinq premiers jours, on est évidemment frappé par un fait de course nous renvoyans des années en arrière. 1986, et le duel Hinault-Lemond qui semble reprendre vie entre Armstrong et Contador. Le vieux loup donner de leçon sensé passer le relai au futur grand espoir, mais qui finalement préfère l'emmerder en cherchant à jouer la gagne, en bordurant le jeune premier pour aller chercher le Jaune. Là encore, c'est chef Dalloni qui en parle le mieux:

corvos_armstrong_contador_training_camp_press.jpg«Armstrong ne passera pas son mois d’août dans un camping de la Costa Brava avec le jeune Alberto. Ah, ça non! D’abord, il ne le trouve pas assez mûr à son goût et pense qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre, surtout en matière de bicyclette, ce qui est super sympa au sujet d’un type qui, à 26 ans, a déjà gagné la Grande Boucle (2007), le Giro et la Vuelta (2008). Ensuite, il le prend pour une trompette. Enfin, il se fout de sa gueule; genre: "Il ne fallait pas être prix Nobel pour savoir qu’il fallait courir devant."

Enfin, Thomas "Ti'Blanc" Voeckler nous file la chair de poule en arrivant à Perpignan. L'attaquant au long cours se montre capable d'une giclette classieuse peu avant la flamme rouge, par la grâce d'un coup de pédale super costaud qui va jusqu'au bou(t)quet, en dominant un peloton sur-nerveux…

Et pour conclure ces cinq premiers jours de course parsemés d'embûches excitantes et de paysages ennivrants (presque failli pleurer en revoyant Collioure…), la cerise sur le gâteau: le futur maire de Montpeul Rémy Gaillard qui vient perturber l'insuportable Gégé Holtz venu se la raconter sur "nos" terres, et qui visiblement n'aime ni l'humour, ni être contesté dans son narcissisme (remember l'épisode Carlier-Manaudou)…




Du coup, ça nous permet aussi de se passer sa dernière performance: rien de moins qu'un débarquement sur Palavas…


Et bienvenue au monde à Jeanne, dont je ne doute pas que ses Fouron de parents l'ont ainsi nommée en hommage à la Longo…

 
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