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02/06/2008

Puissance et conséquences de la modernité rugbystique

1128170211.jpg Trop vite, trop fort, trop bourrin. En écho à la conclusion de mon dernier billet sur la défaite de Toulouse face au Munster en finale européenne, ce week-end aura été une nouvelle illustration du décalage qui grandit chaque jour un peu plus dans l'ovalie moderne, entre un Top 14 à l'ancienne et une mondialisation rugbystique sous stéroïdes…

Les deux finales de championnat du week-end ont ainsi confirmé la domination de la puissance physique dans le jeu, à base de mastodontes balle en main. Le cuir ne chante plus, en virevoltant de paluches en paluches, soit il s'enterre (doctrine Munster) soit il est confié à une bande de costauds qui font office de ligne arrière (doctrine hémisphère Sud). De temps en temps, un soupçon de créativité vient perturber les neurones programmées pour l'impact. Mais c'est pour déboucher sur une action de jeu au pied, certes bien construite et souvent décisive, mais sans rapport avec le "French flair" des années 80. Ce rugby de l'âge d'or est mort.

Toutefois, il serait malhonnête de rejeter en bloc le jeu du nouveau millénaire. La finale du Super 14 opposant les Crusaders aux Waratahs a dégagé un sentiment halluciné à nos yeux habitués aux matchs quiquille du championat de France (exemple avec Mont-de-Marsan-Clermont), où mauls structurés alternent avec combinaisons de trois-quarts aussi inventives que vaines. Exemple en vidéo, avec cette séquence d'une intensité rare, où l'occupation du terrain redoutable se mélange à une touche offensive rapidement jouée, puis à une contre-attaque pédestre d'une rare efficacité. Superbe, intense, époustouflant. Mais est-ce du rugby ou du sport gaëlique…



En Angleterre, les Wasps ont une nouvelle fois fait subir leur loi aux Tigres de Leicester. Rafa Ibañez engrange un troisième titre, et le peuple londonien a offert un triomphe au mythique Lawrence Dallaglio (celui qui «aime le rugby à la française»), dont c'était le dernier match. Mais on retiendra de cette finale la chevauchée du Samoan Alesana Tuilagi et sa percussion "lomuesque" sur le pauvre demi irlandais Eoin Reddan. Impressionant, mais est-ce du rugby ou l'encierro de Pampelune…



Evidemment, le jeu moderne évolue et on ne peut pas reprocher aux plus forts de profiter de leurs biscottos. Mais est-ce en raison de leurs doigts boudinés que tous ces talonneurs d'antan devenu trois-quarts aile aujourd'hui ne se font pas plus d'une passe de suite? N'avons-nous pas d'autre choix que de se mettre à cloner des Chabal à la pelle dans les écoles de rugby? Doit-on vraiment dire adieu au moindre embryon d'une possible éventualité de revoir un nouvel "essai de Twickenham" dans l'avenir?


Commentaires

Qui a écrit cet article ? En tous cas, certainement pas quelqu'un qui a ne serait-ce qu'un jour tenu une gonfle entre les mains...
Le rugby des années 80 était autrement plus rude, autrement plys violent, autrement plus dangereux que celui pratiqué de nos jours.
Quand un frêle ailier style Lagisquet prenait sur le râble un pilar ou talonneur de la trempe d'un Ondarts ou d'un Garuet, je peux vous dire qu'il s'en sortait moins bien qu'un avant d'aujourd'hui qui se fait couper en deux par un Chabal.
Les joueurs étaient plus méchants, les arbitres moins aidés et plus laxistes.
Alors de grâce, arrêtez avec vos certitudes. Le rugby d'aujourd'hui a changé certes, les joueurs sont plus costauds certes. Mais il est bien moins dangereux et moins violent qu'autrefois, il est juste plus physique.

Écrit par : Deux pas sages | 02/06/2008

Cher Deux pas sages (pas mal comme pseudo, un peu schizo mais pas mal), je vous accorde qu'hormis une saison et demi de rugby universitaire au début des années 2000, je ne peux pas me prévaloir d'une grande expérience de joueur. Mais c'est bien en tant que (télé)spectateur que je m'exprime. Et je crois qu'on ne dit rien de différent. Je ne dis pas que le rugby d'antan est moins violent, je suis même 100% d'accord avec vous. Mais c'est quand même ce rugby là que je regrette. Celui des gras du bide, des concours de mornifles et des troisièmes mi-temps sévères mais justes… Car de ces méandres obscurs et pas toujours très clean pouvaient jaillir des moments de grâce désordonnée et foutraquement inspirée, qu'on est en peine de retrouver aujourd'hui. Mais j'ai conscience de ma mauvaise foi (c'est même inscrit dans le sous-titre de ce blog, car c'est un blog, où il arrive d'afficher des certitudes - c'est le principe, non? -). Et j'assume mon archaïsme passéiste sur ce sujet.

Écrit par : Tertulia | 02/06/2008

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