05.01.2010
Beber la casquette
S'il y a bien un panthéon où Albert Camus repose déjà, c'est bien dans celui des amateurs de ballon, à qui il sert de parade dans les dîners, quand on lui oppose la bêtise et les excès de son sport favori. Alors, pour fêter les 50 ans de la mort de l'écrivain, on ne résiste pas à reproduire cet extrait du cultissime receuil de micro-chroniques de l'écrivain uruguayen Eduardo Galeano: "Football, ombre et lumière" (paru chez les regrettées éditions Climats, et hélas épuisé aujourd'hui)…
«En 1930, Albert Camus était le saint Pierre qui gardait les buts de l'équipe de football de l'Université d'Alger. Il s'était habitué à occuper ce poste depuis l'enfance, parce que c'était celui où l'on usait le moins ses chaussures. Fils d'une famille pauvre, Camus ne pouvait se payer le luxe de courir sur le terrain : chaque soir, sa grand-mère inspectait ses semelles et lui flanquait une rossée si elles étaient abîmées.
Pendant ses années de gardien de but, Camus apprit beaucoup de choses:
"J'ai appris que le ballon n'arrive jamais par où on croit qu'il va arriver. Cela m'a beaucoup aidé dans la vie, surtout dans les grandes villes, où les gens ne sont en général pas ce qu'on appelle droits."Il apprit aussi à gagner sans se prendre pour Dieu et à perdre sans se trouver nul, savoirs difficiles ; il apprit à connaître quelques mystères de l'âme humaine, dans les labyrinthes de laquelle il sut pénétrer plus tard, en un périlleux voyage, tout au long de son œuvre.»

Pour fêter celui n'était alors que le jeune goal du Racing universitaire d'Alger, celui que ses coéquipiers appelaient peut-être alors "Beber la casquette", celui qui disait avoir appris son «peu de morale» grâce au ballon (citation longtemps instrumentalisée et détournée -en lire plus ici-), on se termine avec cet énorme reportage d'époque. Quand l'ORTF se payait le luxe d'entrecouper un compte-rendu de Racing-Monaco au Parc des Princes par quelques questions au tout juste Ballon d'or de littérature '57…
Enfin, on se rappellera cette conclusion made in Jamel Debbouze au lendemain du coup de boule de Zizou sur Materrazzi en 2006: «Camus disait qu'il préférait sa mère à la justice... Eh bien Zizou préfère sa mère à la Coupe du monde».
00:53 Publié dans sport is politic | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : albert camus, fc alger, morale, zidane, beber la casquette
03.01.2010
2010, année distanciée?
Il est tout de même temps de souhaiter une belle et heureuse année aux lecteurs de ce blog. L'occase de constater également que le temps manque pour tenir à jour la tertulia. Et peut-être même parfois l'envie. Tombé dans l'addiction de "Foot manager" (Montpeul 5e du championnat et actuellement en huitième de finale de l'Europa league!), plus vraiment le goût de l'actu sportive. Trop heureux de fêter sans cesse les retrouvailles amicales et la grande famille des potes de Montpeul qui s'agrandit (bienvenue à Oscar le futur demi-de-mêlée), on a même pas eu le temps de lire L'Equipe. Juste de noter que 8 pages de rétros fadasses coûtaient malgré tout 1,10 euros…
Pour dire qu'on l'avait un peu lâché, ce blog (hormis un billet nocturne un brin alcoolisé), on n'avait même pas salué l'immense victoire des Montpelliérains à Gerland. Faut dire que "Foot Manager", ça prends du temps (surtout quand on remet à zéro après chaque défaite à domicile).
En matant enfin les images de l'exploit rhodanien qui fait terminer la bande à "Costa-Spahic" troisième des matchs aller, quel ne fut pas le bonheur de voir en vrai mes nouveaux héros de jeu vidéo. En plus, dans le jeu comme dans la vraie vie, Nicollin n'est jamais aussi agréable que quand on ne l'entend pas. Au final, le manque de crédibilité médiatique nous va bien. En plus, dans notre coin ça régale toujours autant du filet (remember), et le Montpellierêve continue, avec un superbe pion de Montaño…
Pour 2010, le Sporting poste donc ses vœux, sans savoir s'il sera souvent mis à jour cette année. En même temps y a tournoi des VI nations et Marco, Mondial et Raymond, saison de cyclisme et Rémi Pauriol et Pierre Roland les futurs Hinault…
Alors plutôt que de spéculer davantage, mieux vaut entamer l'année avec un clin d'œil à Titi Henry, incontestable "tertulia d'or du geste culte" de 2009. En version Groland, ambiance fin de réveillon bien légère. Welcome in the 10's…
23:50 Publié dans Au comptoir | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blogblues, football manager, allez montpeul, la bite à groland
31.12.2009
Montpellierêve
En passant, parce qu'il n'y a définitivement rien de mieux que de passer des vacances déconnectées, un simple moment d'émotion "à la sauce Montpeul". Mercredi soir, jour de veille de fin de décennie, un bon vieux retour au stade Yves-du-Manoir. On a eu beau pester dans les embouteillages, en passant devant l'ancien, exigü et regretté stade Sabathé, c'est quand même toujours bien, le professionnalisme à visage humain. Des drapeaux, de l'ambiance, de la bière et de la gagne. Au bout d'une heure, suant dans nos cabans d'expat' parisiens plus habitués au 15° en soirée, le bilan était morose. Une mascotte à la con, un arbitre à la con, une défaite à la con.
Et puis en fait non. On s'était pas fait chier pour choper huit places, laisser des kilos de bambins à leurs mères et enquiller les bières, tout ça pour perdre contre les Parigots du Stade Français, qui mènent alors 23-9. Alors rébellion. D'abord, une mailloche à l'ancienne. Un rituel dans les affrontements entre les deux équipes, attendu par tous et fêté comme il se doit en tribunes. Sous les vivats, la belle "générale" est remportée haut la main par notre Georgien qu'on affamme dans une cage durant la semaine, Mamuka Gorgodze, dit "l'ogre de Tbilissi".
Puis du jeu, du jeu, du jeu. Trinh-Duc le magnifique à la manœuvre, Fufu Ouedraogo à la relance, et les autres au soutien et à la défense. Le fantôme de Picamoles a plané sur le stade, mais même sans lui, le MRC a de nouveau fait hurler l'ado attardé qui sommeille en nous. Du combat, du pressing et de l'essai contré. Et notre Argentin Todeschini de finir le boulot, en enquillant les points entre les perches. Victoire sur le fil (25-23), joie, bières et re-bières. Montpeul est magique.
Pris dans mon engagement éthico-gaucho-à-la-con, rapport à mon questionnement Nicollinien sur l'homophobie dans le sport, je m'étais promis de faire gaffe au moment d'élever de la voix. Languedocien déraciné/implanté chez les gens biens de la capitale, il s'agit un moment de se mettre en accord avec ses bonnes paroles de repas mondains. Oui, quand on dit "pédé" ou "enculé", c'est pas homophobe, mais quand même, si on peut éviter de le dire, c'est mieux. Excessif assumé, mais prêt à se contenir dans l'insulte.
Alors, après s'être tu lors des trois premières grosssières erreurs d'arbitrage, et alors que venait d'être sifflée la quatrième, que dire quand l'envie de conspuer violemment devient irrépressible? Une seconde d'hésitation, un tsunami cérébral et une gorgée de bière plus tard, la sentence tombe: " Corrompu!", "Escroc!", "Voyou!"… Faible, très faible. Alors, on fait des phrases: "Tu vas finir dans le Lez!", ou "Combien il a mis de zéros, Guazzini, sur ton chèque?"…

Déprime absolue: être un supporter politiquement correct n'est absolument pas drôle. Alors, on décide transgresser, et on lâche, presque malgré nous, lors de la soixante-huitième erreurs d'arbitrage en défaveur de Montpellier: "Saloooope!!!" Putain, ça fait du bien, et en plus le terme passe bien en gradins. Politiquement correct, brutal mais coquin, dandy mais ludique. Qui ne choque personne, au final, dans les travées du stade Yves-du-manoir. Et tant pis pour les féministes, elles au moins, elles ne martyrisent pas ce bon vieux Loulou Nicollin…
Il y aura bien par la suite quelques vannes grasses sur le calendrier du Stade Français, mais vu le rugby pratiqué par ceux qui ont posé dedans, ce serait fauter que de ne rien en dire. En revanche, d'homophobie, même au sens "parisien" du terme, point.
Après-match, une copine (également auteure des clichés -©Paupau-) se retrouva dans une file masculine pressée d'uriner. Se rendant compte de sa mégarde, elle lâcha: "Je ne suis peut-être pas à ma place…" Et un gars devant de lui répondre: "Menteur!"
Confusion des genres, toujours… Comme dans un rêve. Que c'est bon, Montpeul…
03:01 Publié dans Au comptoir | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mrc, montpeul, trinh-duc, ouedraogo, stade français
21.12.2009
Ange, Ave Maria et Rabona de Noël
Bon, depuis la défaite de Montpeul contre Bordeaux (0-1), et celle à huis-clos contre Nancy (0-2), on n'avait plus franchement le goût pour le foot, alors que se profile un halali lyonnais d'avant-trève hivernale pour le MHSC. Sport de cons, de riches et de tricheurs. Et en plus, y avait du rugby sur France télé, vue que c'est la coupe d'Europe. Autant dire qu'on avait pas prévu de causer foot pendant un bon moment.
Et puis on est tombé sur la rabona de l'ange Di Maria. Cela fait un peu plus d'un an qu'on suit l'ailier argentin. Depuis le tournoi olympique de Pekin, où il avait irradié les lignes de touche de sa classe toute albiceleste. Et voilà qu'en fin de semaine dernière, il claque un sublissime pion tout en célérité contre l'AEK Athènes, en Europa League, nous réconciliant d'un coup avec le ballon rond…
Ça n'a l'air de rien, si l'on ne prête pas attention, mais c'est une entrée au panthéon de la Rabona de Pele et Giovanni Roccotelli à laquelle on vient d'assister. Angel di Maria y retrouve d'autres artistes du coup du foulard, très souvent latinos, de Quaresma à Zlatan, en passant par Cristiano Ronaldo. On peut en voir un best-of un peu fourre-tout ci-dessous. Avec de l'auto-croche-pieds à volonté, avec à boire et à manger…
Dans notre imaginaire d'ado qui veut pas vieillir, la rabona c'était Raï. Une "rabona-passe en profondeur", qu'on enrage de ne pas retrouver en vidéo. On s'en souvient pourtant comme si c'était hier. C'était contre Montpeul le 11 septembre 93, pour son premier match sous le maillot parisien (enfin ça, j'suis moyen sûr), où il marquera aussi le seul but du match, mais pas d'images. Y a bien un geste technique très culte du mythique Brésilien idole du Parc, mais pas sa rabona…
Sur la rabona, on pourrait empiler les vidéos et les vidéos au gré de pérégrinations infinies sur Dailymotion et Youtube. On y croiserait Aruna Dindane sous le maillot ivoirien (ici), le Romain Roberto Aquilani (ici), le Marocain Karim Al Ahmadi du Feyenoord Rotterdam (ici), ou le Batave Dave de Jong (ici). Et on ne se lasse pas d'admirer (ci-contre) l'arabesque déguinguandée du somptueux Brésilien Diego.
Mais on préfère se la jouer "Rabona de Noël" et saluer finalement l'essence même du beau jeu: sa superficialité inutile qui confine au génie abstrait, au situationnisme de surface de réparation. Appelé aussi gros ratés lamentables, qu'on ne résiste pas à décliner en un top 3. Ambiance quintessence de la lose, magnificience de la pelouse.
Australia rabona way of life. Evidemment dès qu'il y a du foireux, il y a de l'Autralien (remember). Comme quand Nicky Carle, lors d'un match amical contre l'Uruguay en 2007, se croit plus fort qu'il n'est réellement…
"Carbo rabona" à la brésilienne. Même au bout de sa retraite, Rivaldo a le sens du spectacle. Hélas, la lucidité devant le but n'est plus la même, au crépuscule d'une vie insolente d'aisance, sous le maillot de l'Olympiakos. Mais le geste suicidaire n'en est que plus beau…
Rabona bourrina, façon ricaine vaine. Espérant briller contre le Brésil, l'Americain Clint Dempsey veut épater la galerie. Résultat: une rabona dans les nuages. Le plus drôle étant que le guy ne se découragera pas et tentera ensuite le saut de la grenouille, également appelé Cuauteminha, en hommage à son créateur mexicain Cuauhtemoc Blanco. Mais c'est une autre histoire…
23:34 Publié dans Video panorama | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : angel di maria, rabona, coup du foulard, quaresma, raï
15.12.2009
De l'art de l'insulte dès le plus jeune âge
En passant, ce grand moment de témérité juvénile de tribune, où l'on s'aperçoit combien la grossièreté est propre au football, et combien c'est très bien comme ça. Ambiance exutoire des masses, version - de 10 ans. Soit l'âge du merdeux hurlant valencian qui submerge de jurons Iker Casillas, le gardien du Real Madrid. En ne se démontant pas devant l'interpellation du portier de la seleccion et en reprenant ses "Puta" de plus belle, le gamin a peut-être influer sur le mental du dernier rempart madrilène, plutôt faillible lors du match. Mais comme il y a une morale dans le ballon, Madrid a quand même battu le FC Valence dans son stade de Mestalla (3-2). Et le mioche y réfléchira à deux fois avant de recommencer. Ou pas…
18:38 Publié dans Trucs à la con | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : iker casillas, real, valencia, merdeux hurlant
13.12.2009
A nous Bordeaux!
En passant, cette incroyable épopée qui continue pour Montpeul. On joue encore et toujours le titre à 4 points des Girondins (avec un match en moins). En deux semaines, on claque les fesses de Lille et Toulouse, concurrents direct pour l'UEFA (oui, parce qu'on a encore du mal à vraiment croire au titre). Et en plus, comme lors de l'an de grâce 1987, ça joue et ça régale. Loulou Nicollin parle même sans dire de gros mots, et ça, ça nous fais plaisir. Grisette sur le gâteau, le petit Karim Aït-Fana et l'inattendu Soule Camara marquent à tour de rôle le but de leur vie…
Top du top du rêve de gamin, on a même un bus aux couleurs du club pour les joueurs. Ouais, comme les grands…
20:07 Publié dans Au comptoir | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mhsc, montpeul, on joue le titre, aït-fana, soule camara
11.12.2009
Ce con d'effet Henry
Tout se perd dans le football, même l'italianité. Une conséquence de ce fichu "effet Titi Henry", qui a même réussi à culpabiliser l'Italia way of life. Ça s'est passé le week-end dernier en série B, et tout commence comme dans un rêve de fair-play azzuri. But de voyou alors que la défense est arrêtée, éclats de joie démesurés… Un grand moment de bonheur transalpin que le coach d'Ascoli est venu gâcher, en demandant aux siens de se laisser égaliser par la Reggina, dont les joueurs paraissent presque décontenancés par la noblesse de ce geste adverse. En revanche, les supporters ascoliens ont fait la gueule à la fin du match, finalement perdu 3-1…
17:41 Publié dans Trucs à la con | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : thierry henry, titi, ascoli, fair-play à l'italienne, tout se perd
08.12.2009
Que Canto
En passant, un beau moment de bravoure et d'insurrection cantonien. Interrogé à l'occase d'une conférence de presse sur ce que voulait dire pour lui "être Français", voici ce qu'Eric Cantona répond, visiblement touché par sa rencontre avec Ken Loach (remember):
"Etre français est-ce que c'est devoir parler français, chanter la Marseillaise, lire la lettre de Guy Môquet? Ca c'est être con! (…) Etre français c'est être révolutionnaire, d'abord (...) On ne peut pas accepter tout ce qui se passe (…) Les responsables politiques balancent ce débat avant les élections. Tout le monde en a conscience mais (...) on leur sert la soupe car c'est ce qu'ils veulent. Donc arrêtons d'en parler, et parlons de choses beaucoup plus sérieuses et beaucoup plus graves (…) Ce qui m'inquiète, c'est qu'il y a des gens qui voient ces choses et qui s'habituent. On s'habitue à ce système, à ce qu'il y ait des gens dans la rue, à tout ce qu'on nous balance à la télé, à la manipulation des politiques, à leur bourrage de crâne, à s'abrutir (…) Il faut se battre contre nous-même, contre nos idées reçues, contre la facilité, et arrêter de se dire que tout ça fait partie du décor"… What else?
Cantona: etre français c'est être révolutionnaire
envoyé par dagrouik. - Regardez les dernières vidéos d'actu.
Edit: et pour bien enfoncer le clou, Canto qualifie ce 10 décembre de "débat pour attardé" les tables rondes de Besson. Rhaaaaaa…
L'identité nationale: "un débat d'arriéré pour des arriérés
envoyé par bourdinandco. - L'info video en direct.
15:21 Publié dans sport is politic | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cantona, identité nationale, révolution









